le coq à poil

23 janvier 2012

L’exil planté il y a quinze ans montre ses fruits. Des choses simples qui ont peuplé mes jeunes années, je ne les reconnais plus. Je ne sais plus la différence entre le cerfeuil, le céleri et le fenouil. J’ai oublié la pluie dépressive et savoure l’eau qui parfume la terre sèche. Le vin m’irrite l’intestin. Mon hymne national est maintenant le rire de mes filles.

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06 janvier 2012

A partir de quand ai-je vieilli ? Vieilli, oui vieilli. Le visage bouffi, le poivre et sel, les griffes dans les yeux et surtout cette ambition de ne plus bouger. De rester dans mon bonheur immense et mes insomnies, de savourer mes filles, ma femme, ma maison et mon ordinateur. Est-ce cela vieillir ? Une espèce de digestion de l’âme.

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19 novembre 2011

Eh bien ce fut non. Ce sera donc autre part. Ou nulle part mais qu’importe ? Après une nuit sereine, je me sens détaché. Et puis surtout maintenant je sais. Je sais qu’il est plus important d’écrire. Publier c’est vendre son enfant; écrire, c’est faire l’amour. (Je cherche toutefois un autre éditeur)

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24 octobre 2011

Je m’entends fort bien avec un petit lézard roux, à gorge blanche, d’une quinzaine de centimètres, avec qui je partage les meubles de ce bureau. Il me débarrasse de quelques insectes et semble être complice des araignées du coin. Il se déplace par à-coups, comme un mime, verticalement ou horizontalement, racine de l’air. Quand je lui parle, il ne me répond pas, m’approuvant donc. C’est un animal positif, excellent pour le moral.

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12 octobre 2011

Les animaux ont-ils des envies suicidaires ? Notre chienne Riza a été renversée par une voiture basse il y a un mois, colonne vertébrale cassée. Mauvais vétérinaire, elle revient à la maison avec une plaie sanglante sur la cuisse droite, l’os a découvert et une addition a 500 euros. Mes filles croient à sa récupération. Samedi, alors qu’elle est incapable de faire plus de deux mètres sans gémir de douleur (au moment de ses besoins), nous l’avons retrouvé à trois cents mètres de la maison, au fond d’un ravin, en train de s’accommoder un espace, j’oserai dire dernier. J’en ai pleuré toute la nuit. Ramenée à la maison, nous lui avons parlé. On lui a dit qu’on l’aimait trop et qu’on ne croyait pas à la piqûre de soulagement. Depuis sa blessure s’est presque refermée, elle s’assied parfois et en tremblant dansant, tente de redevenir un animal mobile.



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05 octobre 2011

 J’ai fait connaissance de l’outil méchant. Celui dont la seule prononciation provoque un rictus de crainte. Mes arbres réclamaient le coiffeur, une certaine ombre humide couvrait notre terrasse, c’était la saison des pousses. Il fallait passer à l’acte. De deux mains tendues, pendant une heure détestée, je maintins loin de moi le rugissement constant des dents qui tournent à toute vitesse pour couper la branche. La sciure cherchait mes yeux. Des craquements élaguaient l’expression artistique des arbres. Je transformais mon jardin en mauvais art contemporain. Quand on se sent bourreau, le cœur est plus un muscle qu’une boîte à sentiments.



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24 septembre 2011

Tonnerre ! Suis-je sorcier ? Ce n'est pas la première fois, et j’ai des témoins inaliénables. Il y a deux matins, je dis à ma femme, puis à ma fille : « Que Lucile fasse attention aux scorpions, j’ai rêvé qu’elle se faisait piquer » Bien sûr, lecteur intelligent, tu as deviné ! Pas besoin de décrire les hurlements, la panique, la sale bête trouvée enroulée sur elle-même sous le drap, la piqûre au-dessus du mollet comme deux petites bulles de peau puis la rougeur, la sensation d’étouffement, la course jusqu’à l’hôpital, le sérum, l'attente et le plus de peur que de mal. Cette douloureuse anecdote arriva un jour plus tard que mon rêve. Je devrais exploiter ce sixième sens. Il est peut-être lié au fait que je dors si mal. Je pourrais mettre sur ma carte. Hubert Antoine, Charlatan. Uniquement au réveil.

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15 septembre 2011

Envoyé ce livre qui changera ma vie. Jeté dans l’attente insomniaque comme un corps du haut de l’édifice de ma prétention (Verticales est l’éditeur). Son titre ? « Blabla ou comment je ne suis pas devenu poète ». Alors, lecteur endormi, alors ?

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26 août 2011

Voilà, c’est fini. 26492 mots. L’épuisement affiche ses douleurs. Un lumbago terrible, une fièvre hypocrite, la goutte aux nez, les éternelles hémorroïdes. C’est psychosomatique, sûrement, mais putain ça fait mal. Je suis faible comme un immigrant qui a traversé la frontière par le désert. J’attends l’avis des trois lecteurs en pensant à prier. Jamais écrit quelque chose d’aussi personnel, d’aussi gros, d’aussi fou. J’ai foi en ce livre, une foi qui est un grand désir, mêlé d’espoirs et d’un cri qui hurle : « c’est mon tour ! ». L’éditeur, que dira-t-il ? On verra. Et peut-être vous verrez.

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18 août 2011

Qu’écrit-on lorsqu’on est très fatigué ?

On écrit comme un mouchoir plié au fond d’une poche.

On écrit ce que l’on n’arrivera pas à aimer.

On écrit le tigre brûlé par le cerceau.

On écrit un jeu dépareillé.

On écrit le désir du sommeil.

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14 juillet 2011

Et tout à coup, l’urgence ! Je sors du lit et me place en petit slip sur le starting-block. C’est de la volonté, du coup de fouet mais ceci : je veux terminer mon bouquin pour le 10 septembre. C’est une date comme une autre et la date d’anniversaire d’un ami. Ce sera ce jour-là que je cesserai de voir et lire le manuscrit (quoiqu’avec de la chance peut-être des épreuves l’an prochain). Priez pour le fouetté, mes amis.

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26 juin 2011

Quand un homme peut-il assurer qu’il vit le meilleur de sa vie ? Est-ce au réveil, quand il se lève et ouvre les rideaux, cette impression d’être parfaitement perpendiculaire à l’horizon ? Est-ce à la nuit tombée, en regardant son amour dans le lit qui sourit comme une lune ? Est-ce quand chaque minute caresse la confiance avec les poils de la certitude? Est-ce quand le désir est une impatience que l’on freine le plus possible ? Est-ce quand les sourcils jouissent comme des ailes dans un vent ascendant ? Est-ce quand il n’y a pas de réponse autre que la joie des surprises?

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20 juin 2011

Vous parlez de moi ? Dites le contour, d’un geste de fusain, d’un nuage qui cache la lune, dites cet arbre que vient trouer le pic et le vent qui mélange les cartes; dites : «  Oh, lui, c’est un faisan qui se cuit à la braise des yeux ouverts» ; dites qu’on peut jouer avec un archet sur un lièvre qui court, dites aussi qu’il y a du riz au lait encore tiède sur la table, dites surtout comment la pluie lave le rêve et qu’il y a un chemin où les cils se sèment.

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04 juin 2011

Mon plus fidèle client qui venait jusqu’à cinq fois dans la même journée et certainement tous les jours, une espèce de fou incontrôlable, au rire gargantuesque à faire trembler de peur le plus placide diplomate, Gerardo, drogué aux psychologues, amoureux de toutes mes serveuses depuis dix ans (il allait jusqu’à les suivre dans la rue en se cachant derrière les parcmètres comme un hippopotame derrière un roseau ; la jolie employée m’appelait par téléphone et j’allais engueuler le pénible chasseur). Il prenait toujours un café au lait avec parfois, grand luxe, une gaufre naturelle. A part ça, un vrai génie. Il écrit très bien des scripts de bande dessinée avec un sens du héros et du gag de première. Mais voilà, il y deux mois, il a giflé une cliente violemment et il s’est lui-même censuré définitivement, se rendant parfaitement malheureux. Il ne vient plus. Bizarrement, ce fou manque à mon restaurant comme une pièce au jeu.

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23 mai 2011

Je l’accusais d’être une mauvaise mère. Ces huit lapereaux, elle ne s’en est pas occupée. On lui avait préparé une salle de bain complète, tapissée de foin, avec de l’eau vitaminée, des granulés pour un siège et lorsque les petits sont nés ont les a vite installés dans ce nouveau nid, en les prenant avec un gant. Et ils sont morts en deux jours. Evidemment. J’ai confondu le père avec la mère. Maudit vétérinaire qui nous avait dit que c’était une femelle !

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14 mai 2011

 

Je voudrais écrire le rire de ma femme. Cette expression qui explose son visage. Ce bref instant où son corps exprime l’électricité zygomatique. Ce relâchement général qui s’en suit. Comme un geyser sorti du ventre de la terre et qui retombe en joyeuse mousse blanche pour se fondre ensuite dans une petite nappe d’eau tiède. Le rire ! Deuxième place au palmarès des secousses corporelles agréables, entre l’orgasme, proche de l’absence épileptique, et le frisson qui semble une intention de vent.

 

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05 mai 2011

Deux voitures neuves en un an. C’est bien sûr plus une question de prudence et d’écologie qu’un luxe. La distance par rapport au lieu de travail, sûreté accrue pour les enfants, le dos qui se plaignait de l'ancienne suspension... La vétusté de l’auto précédente qui s’éteignait fréquemment dans les tournants… Arrête, bourgeois, tu n’as pas à justifier tes sous. L'argent sert. Et tu as des dettes comme tout le monde.

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02 mai 2011

La première pluie de l’année, d’un orage isolé qui donnait plein d’espoir, a réveillé notre grand crapaud enfoui dans le petit parterre de la terrasse. Il a coassé toute la nuit comme un ermite à son Dieu. La terre s’est resserrée, a lavé sa poussière, taquiné les graines et puis rien. Les jours suivants furent plus chauds, les incendies plus méchants et l’impatience maudit le ricanement d’une saison en enfer.

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10 avril 2011

Je n’y avais pas pensé mais les fruits d’un même verger, les fruits d’un même arbre ont chacun une saveur différente. Comme chacun de nous enfin (surtout les Roux, dit-on). Cela s’exprime très bien avec la goyave, fruit très scandaleux comme le mentionne Doña Ramona devant l’odeur prononcée qui boxe le nez en entrant dans la maison. Et, oui, le fruit roux duveteux est plus parfumé que le blond doré.

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23 mars 2011

Quelle vue panoramique on détient à l’âge de 40 ans ! Me voilà devenu le centre du disque où s’écoute la musique de soi. Les vieux blues de l’enfance trônent toujours dans la tête mais on parvient encore à savourer les rythmes barbares de l’époque. Le corps se croit élastique quand ses muscles entendent déjà le craquement du bois. On a assis les bases de sa vie toutefois il reste les possibilités de la folie. En bref, cette morale, il y a plus à apprendre qu’à oublier. D'ailleurs à quoi serviraient 40 balais, si ce n'est pour déblayer son passé?

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